Gilles Gravier's rants about things in general... security, open source, privacy, java, music... in particular.
DADVSI v2.0 - Toujours autant de risques pour les logiciels libres
Voila, le gouvernement français
vient de pondre une nouvelle mouture du projet de loi sur le Droit
d'Auteur, et les Droits Voisins dans la Société
de
l'Information (DADVSI pour les intimes).
Plus de 250
amendements ont été modifiés ou
ajoutés.
Le résultat final est malheureusement toujours aussi
dangereux
pour les auteurs de logiciels libres, comme, par exemple, Sun
Microsystems qui propose maintenant quasiment toute son offre
logicielle sous forme d'open source.
Voici deux des amendements
qui sont le plus directement cibles sur le logiciel libre :
-
AMENDEMENT
N° 247 Rect.
Dans cet amendement, on lit :
« Art. L. 336. - Pour
l'application
des articles 1382 et suivants du code civil, engage sa
responsabilité toute personne éditant un
logiciel, ou
mettant sciemment ce logiciel à la disposition du public,
sans
faire toutes les diligences utiles, compte tenu de la destination
principale de ce logiciel, pour en éviter l'usage pour la
mise
à la disposition du public non autorisée
d'oeuvres ou
d'objets protégés par un droit voisin, lorsque ce
logiciel est manifestement utilisé de manière
massive
pour un tel usage. »
Ici, le risque est, pour les
auteurs de logiciels de P2P destinés à un usage
légitime, mais dont un grand nombre d'utilisateurs se
servent
(au titre d'autres parties de la loi DADVSI) pour des transferts
illégitimes. Par exemple, les outils (clients et serveurs)
BitTorrent qui sont utilisés très
légitimement
par des sociétés comme Sun Microsystems (Solaris,
Open
Office, Star Office), Mandriva (Mandriva Linux), Vivendi Universal
(mises-à-jour
du jeu World of Warcraft), et d'autres pour
mettre à disposition de leurs clients leurs applications
commerciales, sont aussi utilisés par certains internautes
pour partager en P2P des fichiers artistiques, dont certains sont
soumis à droits d'auteurs.
L'article 336, présenté
dans cet amendement, aurait pour effet de rendre les auteurs de ce
genre de produit tout à fait légitime et critique
au
fonctionnement de sociétés tout aussi
légitimes,
passibles de poursuites dans le cadre de la loi DADVSI comme auteurs
de contrefaçons. C'est inacceptable.
- AMENDEMENT
N° 253
Ici, on peut lire : « Les mesures
techniques ne doivent pas conduire à empêcher la
mise en
œuvre de l'interopérabilité, pour
autant que celle-ci
ne porte pas atteinte aux conditions d'utilisation d'une
œuvre,
d'une interprétation, d'un phonogramme, d'un
vidéogramme
ou d'un programme. »
La encore, le problème vient des
détail... "atteinte aux conditions d'utilisation".
Si les conditions incluent "doit être utilisé sur
telle ou telle plate-forme uniquement" ou bien "doit
inclure une technologie de DRM X ou Y" alors, le simple fait
d'accéder à ce média sur une autre
plate-forme
logicielle / matérielle / DRM sera un atteinte aux
conditions
d'utilisation. Or, bien souvent (pour ne pas dire
"systématiquement")
les auteurs de logiciel libre n'ont pas de licence (souvent for
coûteuse) pour les logiciels DRM utilises par les
médias,
donc ne pourront pas créer des versions
interopérables
des médias qu'ils souhaitent utiliser
légitimement car
la seule façon de rendre interopérable un
média
avec des lecteurs du logiciel libre serait de retirer
complètement
la partie restrictive liée au DRM associé au
média.
Cet amendement revient donc,
indirectement, à compromettre l'accès
à la
culture au monde du logiciel libre. Des plates-formes logicielles
comme Solaris, ou Linux qui sont livrées en open source, et
dont les utilisateurs souhaitent éliminer toute
fonctionnalité
DRM qui y serait insérée par les auteurs, seront
privés
d'accès à la culture. Ainsi, par exemple, les
écoles
françaises qui s'équipent en open source, se
verront
dans l'impossibilité d'exposer les
élèves aux
productions françaises.
- AMENDEMENT
N° 267
Présenté par Mr
Mariani, l'amendement propose : « Art.
L. 336-1. - Lorsqu'un logiciel est
manifestement
utilisé pour le partage illicite d'oeuvres ou d'objets
protégés par les livres Ier et II, le
président
du tribunal de grande instance, statuant en
référé
à la demande de tout titulaire des droits sur ces
œuvres ou
objets, peut ordonner, sous astreinte, toute mesure
nécessaire
à la protection desdits droits.
Il peut notamment
enjoindre à l'éditeur du logiciel de prendre
toutes
mesures pour en empêcher ou limiter l'usage illicite autant
qu'il est possible. Ces mesures ne peuvent toutefois avoir pour effet
de dénaturer la destination initiale du logiciel. »
C'est
le retour de l'ancien amendement
150/151 de l'ancien projet, mais
légèrement
reformulé. Ici, il y a plusieurs problèmes:
1)
« L'éditeur »... dans
le cas de
logiciels libres, il s'agit souvent d'un groupe multinational
d'individus qui contribuent chacun à différentes
parties du logiciel, de façon non nécessairement
coordonnés. Il n'y a pas d'interlocuteur unique
identifié.
Il est parfois, donc, simplement impossible de s'adresser à
« l'éditeur », ou de
tenter de le
contraindre à quoi que ce soit.
2) Toujours dans le cas
de logiciels libres, une fois le code source disponible quelque part,
il n'est plus possible de revenir en arrière car toute
personne en ayant sa propre copie pourra à loisir
reconstituer
la version d'origine du logiciel. Essayer d'imposer qu'un logiciel
libre contienne des mécanismes de limitations (quels qu'ils
soient) n'est donc pas possible car, justement, l'utilisateur ayant
accès au sources, peut toujours retirer tout
élément
du logiciel qui ne lui conviendrait pas.
Dans le cas d'un
éditeur de logiciels tel que la
société Sun
Microsystems, le problème va encore un peu plus loin. Une
bonne partie de l'offre logicielle de Sun Microsystems (à
terme, la totalité) est en open source. Nos logiciels
intègrent des fonctionnalités tels des serveurs
web,
mail, ftp... qui peuvent tous être utilisés
très
légitimement, mais aussi servir à construire des
sites
hébergeant et permettant le partage d'oeuvres
protégées.
Comme notre système
d'exploitation Solaris est livré en open source,
même
si il était demandé à Sun
d'intégrer dans
nos produits des mécanismes empêchant de servir,
par
exemple, des fichiers MP3, ce serait extrêmement trivial pour
un utilisateur de récupérer les sources de
Solaris, et
de se construire une nouvelle version de Solaris n'intégrant
plus des mécanismes.
En fait, pour que l'amendement 267
soit techniquement réaliste, il conviendrait d'interdire
à
l'ensemble de la planète de créer des logiciels
open
source permettant le partage de fichier. Ceci n'est pas
réaliste
car ces logiciels existent déjà (serveur web
Apache,
serveur mail Sendmail, clients bit-torrent Azureus, et de nombreux
autres). Ce serait dangereux pour la France de tenter de se mettre
dans une telle position de censeur des auteurs de logiciels et
protocoles qui sont aujourd'hui utilisés de façon
extrêmement critique par des sociétés
tout à
fait légitimes.
Par exemple, Vivendi Universal, qui est
pourtant à l'origine de l'amendement 150 (et donc par
dérivation du 267) ne réalise sans doute pas que
leur
plus grand succès commercial en matière de jeux :
World
of Warcraft utilise le protocole
BitTorrent pour distribuer les
mises-à-jours critiques pour leur jeu. Or ce protocole est
un
protocole P2P régulièrement utilisé
par les
internautes s'échangeant des oeuvres
protégées.
Est-ce que Vivendi souhaiterait mettre en péril un jeu qui
lui
rapporte 12 € par mois de la part de chacun de ses plus de 5
millions d'abonnes? Peu probable. Plus probable : ils ne
réalisent
pas le risque.
Autre exemple, les éditeurs du serveur
web Apache. Ce serveur web fait fonctionner une extrêmement
grande partie des serveurs web de l'Internet. Or certains l'utilisent
aussi pour construire des sites d'échanges d'oeuvres
protégées. Serait-on tenté de demander
à
la fondation Apache d'apporter des modifications à son
serveur
pour qu'il refuse de servir des fichiers MP3 ou BitTorrent? Ce serait
impossible puisque Apache est un produit open source, donc dont
l'utilisateur peut à loisir retirer des
fonctionnalités
indésirables. De plus, ça ne fermerait pas pour
autant
les sites déjà en place.
D'autres sites, comme
l'excellent EUCD.INFO proposent une analyse
complémentaire de ces nouveaux amendements,
dépassant
le cadre du logiciel libre, mais couvrant aussi des aspects des
droits des utilisateurs. Très intéressant.
D'ailleurs, on parle
des Droits d'Auteurs... mais... et les Droits des Utilisateurs, dans
la Société de l'Information? Le droit
à la
culture, sans contraintes, sans obligations technologiques?
Posted at 10:35AM Mar 02, 2006 by gravax in Opensource | Comments[6]
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Posted by pierre on March 06, 2006 at 02:01 PM CET #
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