Différent, ce n'est pas toujours mieux... mais mieux, c'est toujours différent
Après avoir lu les commentaires sur mon dernier billet, je souhaite répondre sur certains points.
D'abord, je savais que le changement d'un symbole boursier à laquelle une génération s'était habituée ne se ferait pas sans mal. Je savais aussi qu'à cette occasion, les cyniques montreraient leurs nez (et ceux dont le seul souvenir de la plate-forme Java demeure ses débuts lents et tortueux).
Nous avons entrepris de nombreux changements, ce qui n'est jamais
facile. Toute décision a ses partisans et ses détracteurs (de la
migration à un logiciel gratuit à la signature de contrats avec
d'anciens concurrents, en passant par l'abandon des tasses en
polystyrène à la cafet'). Or, il n'y a pas de progrès sans changement.
Notre décision est sans
appel : le symbole boursier de notre entreprise, l'un des titres
les plus forts du NASDAQ, est désormais JAVA. (Une question
évidente m'a été posée mille fois... non, le symbole SUN n'était pas
disponible. De nombreuses entreprises choisissent leur symbole en
fonction d'une marque bien connue, par exemple COKE.)
Pour répondre aux interrogations que j'ai lues, sur ce blog ou ailleurs : est-ce que je pense que le changement de symbole aura un impact sur le prix des actions ? Bien sûr que non. Aucun investisseur digne de ce nom ne serait assez fou pour prendre des décisions en fonction d'un symbole. Les investisseurs se basent sur les résultats ou les potentiels financiers (ou les modèles structurels).
Ceci dit, je pense que le changement va optimiser la reconnaissance de la marque Java (ce que tous les partenaires Java nous réclament à corps et à cris depuis des années), va générer plus de dialogue autour du rôle de Java pas seulement comme langage, mais comme plate-forme (pour Ruby, Python, et autres langages de script pris en charge sur la machine virtuelle Java), et va améliorer l'affinité avec son inventeur (Sun). En quoi cela a-t-il une influence sur l'affinité ? L'image ci-dessous vous donne une idée de ce que je veux dire. Ces résultats ont été publiés dans le monde entier lundi, après la fermeture du marché.
Reprenons : mon dernier billet a généré de nombreux commentaires et d'innombrables e-mails.
Mes commentaires préférés, car ils sont plutôt sympas, proviennent de quelques individus qui s'inquiètent parce que leurs tatouages ou leurs plaques minéralogiques (voir la photo) vont être passés de mode. Nous avons reçu des tonnes de messages (moins sympas, ceux-là) d'administrateurs systèmes nous menaçant d'actions en justice (et de cassage de figure en règle) si nous changions nos conventions de noms de logiciels (les mises à jour ou les progiciels Sun commencent par le préfixe « SUNW »... et nous ne comptons pas du tout changer cela. Je répète, rien ne va changer à cet égard... pas de panique !). Enfin, certains esprits chagrins ont pensé que le changement de notre symbole boursier allait se traduire par des réductions budgétaires et des pertes d'emplois. Je précise que ce changement n'a rien coûté à Sun. Non seulement ça, mais le NASDAQ nous adore et apprécie tellement la plate-forme Java que nous collaborons pour la promotion de JAVA. Vous voyez que, loin de supprimer des opportunités, nous en créons.
J' ai reçu une bonne vingtaine de messages disant « J'étais [dans un bus pour le Népal/à bord d'un navire au large de Guam/sur une plage en Finlande/à la terrasse d'un troquet au Vietnam, etc.] et le [chauffeur/passager/étudiant/patron du bar] m'a dit qu'il ou elle connaissait Java mais pas Sun... ». Les auteurs de ces e-mails étaient généralement favorables au changement.
Le fait que la plate-forme Java peut ne pas durer éternellement est-il une source d'inquiétude pour moi (en d'autres termes, devriez-vous oui ou non le faire imprimer sur votre plaque minéralogique :-) ? Non. En l'occurrence, Sun a créé une technologie omniprésente, et c'est la marque la plus précieuse que nous ayons jamais conçue. Il s'agit à mon sens de l'une des rares technologies qui pourrait bien être encore là au 22e siècle. Je ne suis pas inquiet pour sa pérennité. Ce changement annonce-t-il un revirement stratégique ? Absolument pas, il s'agissait purement et simplement d'une opportunité que nous ne voulions pas laisser passer.
Je vous remercie donc pour vos commentaires, dont certains m'ont surpris... Nous avons pris la plupart d'entre eux (sinon tous) en considération. Je demeure persuadé qu'il s'agit de la stratégie la plus indiquée pour Sun dans une perspective à long terme. L'histoire nous jugera.
À propos, pour ceux qui s'intéressent à l'histoire du nom de Java, j'ai demandé à James Gosling, l'inventeur de Java, de partager avec vous ses souvenirs. Voici sa réponse...
__________________________________________________________Message :
De : James Gosling
Date : 24 août 2007 20 h 16 58" PDT
À : Jonathan Schwartz
Objet : Comment Java a-t-il été nommé ?
Voilà toute l'histoire :
Nous avions besoin d'un nom. Nous avions utilisé « oak » (chêne), que j'avais choisi au hasard. L'équipe aimait bien ce nom, mais nos juristes spécialisés dans les marques nous ont dit que l'on ne pouvait pas l'adopter. D'interminables débats sur les noms se sont succédés par e-mail, en vain. Finalement, nous nous sommes retrouvés dans une situation ubuesque, puisque c'était notre nom, ou plutôt l'absence de nom, qui nous empêchait de vendre nos produits.
Notre responsable marketing avait entendu parler d'un « consultant en noms » (Je ne me souviens plus du sien, mais il valait son pesant d'or). Un processus conventionnel de recherche de nom était trop cher et trop long pour nous. Alors, il a pris une initiative étrange, mais efficace et rapide : il est intervenu comme facilitateur à une session de brainstorming d'une après-midi réunissant une dizaine d'entre nous. Il a commencé à nous poser des questions du type : « Quel sentiment cela vous inspire ? » (excitation !) ; « Quel autre produit vous fait cet effet ? » (le café de Java !). Nous avons fini par lancer des mots au hasard. Ensuite nous avons commencé à trier ces mots et nous les avons classés. Après ce classement, il ne nous restait plus qu'une liste constituée d'une dizaine de noms. Nous l'avons soumise à notre cabinet d'avocats, qui ont fait des recherches sur tous ces mots. « Java » était le quatrième nom dans la liste. Le premier était « Silk », que je détestais mais que tous les autres adoraient. Mon préféré était « Lyric », le troisième dans la liste, mais les recherches juridiques ont montré qu'on ne pouvait pas l'utiliser. Je ne me souviens plus des autres noms potentiels.
Qui donc a proposé le mot Java ? Le service marketing a organisé la réunion, le consultant l'a gérée, et nous avons été nombreux à proposer des mots au pif. Je ne sais pas exactement qui a dit « Java » le premier, mais je crois bien que c'était Mark Opperman.
Une chose est sûre, ce n'est pas un expert qui a trouvé ce nom à la suite d'un processus marketing structuré et cohérent.
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Comme c'est le cas avec bon nombre d'innovations, aucune décision, aucun nom de produit, blogs ou lignes de code ne commence sur une feuille de calcul. Une opportunité est un concept souvent bien plus difficile à quantifier.
Posted on 04:50PM sept. 06, 2007 |



















