Cela
faisait vingt ans que je n'avais pas revu Martin. A cette époque
nous étions tous les deux très occupés par notre
métier de cogniticien
avec les immenses espoirs que le monde (et nous-mêmes) avait
mis dans l'intelligence
artificielle. Ceux qui se souviennent des ordinateurs de
cinquième
génération, des systèmes
experts capables de remplacer les meilleurs spécialistes
du diagnostic médical, de la programmation
par contraintes ou autres réseaux de neurones iront porter
des fleurs sur les tombes des sociétés comme
Framentech, Cognitech,
KEE, ART, Teknowledge ou Neuron
Data. Nous avons rapidement évacué ce passé
pour parler de ses efforts pour introduire l'OpenSource dans les
services de la Mairie de Buenos Aires. J'ai découvert sans
surprise que les résistances sont identiques à celles
rencontrées dans le vieux continent: utilisateurs septiques ou
enthousiastes, débats passionnés et pressions sur les
prix dans un pays qui a connu une faillite programmée. Mais
j'ai surtout retenu ce qu'il m'a raconté sur l'Argentine, sur
le difficile apprentissage du bien commun après tant d'années
de chaos politique. Cela m'a fait penser au très rassérénant
film « Carnet de voyage » que j'ai eu le
bonheur de voir récemment. Les héros de ce voyage de
15000 kilomètres partent de Buenos Aires pour s'arrêter
quelques mois dans une léproserie du Pérou. Ils
reçoivent là un accueil dont j'ai ressenti la chaleur,
au point qu'avant de partir pour le Venezuela, Ernesto Guevara
exprime dans son discours d'adieu tout le mal qu'il a à
quitter ce pays et tout ce qu'il a reçu de ces mains sans
doigt. Cet attachement m'a rappelé la réponse faite par
le député péruvien Edgar
Villanueva Nuñez à Microsoft à propos du
vote sur les logiciels libres et de ce choix « ...
based on the republican principle of openness to the public ».
Un courage que j'aimerais voir plus souvent dans des régions
nanties du monde comme les nôtres. Merci Martin, d'être
venu de si loin pour me le rappeler.

